Le Moi-peau cas Lara

Vous êtes ici :

Lorsque je reçois Lara, elle ne va pas bien. Elle souffre d’un eczéma très visible en crise depuis plusieurs mois. Elle se dit installée dans une relation de couple « tout à fait satisfaisante ». Elle est diplômée d’une grande école, en recherche d’emploi depuis près d’un an. Elle a conscience que l’évolution de sa peau est influencée par des émotions  mais n’a pas élucidé les causes psychosomatiques à l’origine des épisodes d’exacerbation.

Nous déplions l’histoire de sa maladie et son histoire subjective pour retrouver les traces inconscientes qui ont pu s’inscrire dans son Moi-peau. Je l’aide à se remémorer des évènements parfois passés inaperçus, à en comprendre les effets sur sa peau. En analysant ces souvenirs, nous revisitons la construction de son Moi-peau ce qui améliore sa fonction d’enveloppe psychique protectrice. Nous mettons ainsi au jour les mécanismes psychosomatiques qui influençaient sa peau, permettant une nette amélioration.

Au niveau des fonctions du Moi-peau :

Fonction contenante : elle repose sur « la sensation image de la peau comme sac ». Elle se met en place quand le bébé peut commencer à éprouver progressivement ces sensations et ces émotions. Ce contenant nʼest pas passif, il correspond à lʼidentification projective de la rêverie diurne de la mère chez lʼenfant. Le Moi-peau est ici une écorce, ce contre quoi la pulsion rencontre des limites et en permet lʼexistence psychique. Cette écorce doit être complémentaire dʼun noyau précédemment évoqué pour fonder « le sentiment de la continuité du Soi ». Lara a fait une grande école pour respecter des injonctions parentales assez fermes, auxquelles elle s’est tenue, donc ça l’a tenu, ça l’a contenue. Mais elle n’a pas pu se trouver en elle-même, l’individuation de soi, ça n’a pas fonctionné. Elle avait un environnement familial pas simple : une maman malade sur un versant bipolaire, et un père parti. 

Fonction de pare-excitation : cʼest dʼabord la mère qui jouera ce rôle avant quʼil ne sʼétaye sur la propre peau de lʼenfant. Il sʼagit de protéger le psychisme des excès dʼexcitation. Dans l’histoire de Lara, cette fonction était complètement défaillante, empêchant même l’individuations de soi.

Fonction dʼindividuation du Soi : « sentiment dʼêtre un être unique », sentiment dʼexistence des frontières du Soi. La fonction de l’individuation de soi était vraiment en grande difficulté, la peau s’est inflamée comme pour signaler ces différents dysfonctionnements du Moi-peau.  Il y avait aussi quelque chose, inconsciemment évidemment, de l’ordre de continuer de fonctionner comme une peau commune. Il n’était pas possible de laisser là cette maman, avec la détresse et la violence de sa bipolarité ; pas possible de créer un espace qui permette d’être un petit peu soi-même.

Le travail psychologique de la peau et donc du Moi-peau, ça a notamment été de re-penser la relation à sa mère, pour lui permettre un peu d’individuation. La peau s’est beaucoup améliorée. Ça n’a pas tout résolu mais ce pour quoi elle venait, ce qui en rajoutait : le fait d’avoir une peau très vilaine et très abimée, ça induisait dans son couple une relation asymétrique. Le fait qu’elle aille mieux de ce point de vue là, elle s’est trouvée elle-même différente, son couple prend une autre tournure et les choses se sont organisées différemment.

Le Moi-peau permet dans cette histoire là de proposer une écoute vraiment spécifique de cette question. Ça ne veut pas dire que ce qui ne concerne pas la problématique du Moi-peau, je ne l’entends pas, évidemment. Mais c’est un angle pour soutenir à cet endroit là, dans la relation transférentielle. Parce que pour que tout cela fonctionne, il faut qu’il y ait du transfert qui s’établisse. Le Moi-peau apporte alors un point d’articulation entre le patient et moi.